vendredi 3 décembre 2010

Sommes-nous là pour jouer ou pour être sérieux ?

Suite à la parution de la traduction française de l'essai Homo Ludens de Johann Huizinga en 1951 chez Gallimard, Georges Bataille en fait le compte rendu dans la revue qu'il a fondée, Critique n°49 de la même année. Il s'agit cependant moins d'une critique de l'essai de l'historien hollandais que de l'exposition des thèses chères à Bataille à propos du sacré, de l'art, de la corrida, de la mort et de la pensée de Hegel. Seul le début de l'article est réellement une revue des positions de Huizinga : le jeu global et son rapport au sérieux, qui permet à l'auteur de digresser vers ses propres préoccupations.

Cela ne l'empêche pas de résumer avec acuité l'apport de Huizinga : "Je crois que, sur ce point, Huizinga apporta la note exacte : c'est la catégorie du jeu qui a le pouvoir de rendre sensible la capricieuse liberté et le charme animant les mouvements d'une pensée souveraine, non asservie à la nécessité. On ne saurait mieux préciser le rapport de la souveraineté et de son expression authentique que ne fit Huizinga, disant : "cette sphère du jeu sacré est celle où l'enfant, le poète et le primitif se retrouvent comme dans leur élément." (p. 104).

Mais l'intérêt de la pensée de Bataille sur le jeu tient principalement à sa capacité à mettre en résonance sa critique avec sa grande culture, en particulier lorsqu'il cite Platon, inscrivant l'essai du hollandais dans une filiation de pensée stimulante, qui en décuple la portée : "Il faut, disait Platon (Les lois, VII, 803), traiter sérieusement ce qui est sérieux, et c'est Dieu qui est digne de tout le sérieux béni, tandis que l'homme est fait pour être un jouet de Dieu. Aussi chacun, homme ou femme, doit passer sa vie à jouer les jeux les plus beaux conformément à ce principe, et au rebours de son inclination actuelle... Quelle est alors la juste manière ? Il faut vivre la vie en jouant certains jeux, sacrifices, chants et danses, pour gagner la faveur des dieux, pouvoir repousser les ennemis et triompher dans le combat." (p. 103-104).

Pour le reste, le jeu n'est clairement pas au centre des préoccupations de Bataille, mais plutôt un tremplin vers d'autres réflexions. Un article intéressant donc, mais pas indispensable.

Sommes-nous là pour jouer ou pour être sérieux ? de Georges Bataille (1951), Oeuvres complètes volume XII : Articles II 1950-1961, Gallimard 1988, p. 100-125.

2 commentaires:

Napoleón a dit…

¿Sería capaz de traducir esta frase al español (si es que sabe español?:

"À ce que chacun en fait on voir aussi ce qu'il mérit".

Gracias.

Don Diego a dit…

Bonjour Napoléon,

C'est moi qui ai écrit cela ? Si c'est le cas, c'est une erreur.

Le français correct serait peut-être :
"À ce que chacun en fait, on voit aussi ce qu'il mérite."

Ce qui devrait donner quelque chose dans ce genre en espagnol :

"De lo que todos hacen, también vemos lo que todos merecen."